OS, cadeau d'anniversaire pour Lou ; De quoi as-tu envie là, tout de suite ?
Une belle journée s'annonçait. Un jeune homme admirait la couleur du ciel depuis sa fenêtre, un petit sourire aux lèvres. Les enfants des voisins jouaient dans l'allée, d'autres couraient ou encore faisaient du vélo. La petite Rose s'amusait avec son chat, comme d'habitude, et son frère lisait un livre sous un arbre. C'était ça, vivre dans un beau quartier. Les maisons s'alignaient et chacune possédait un jardin. Les familles étaient chaleureuses et Bill aimait penser que pourtant, elles cachaient toutes un secret, comme dans cette série Américaine où l'histoire est concentrée sur la vie de quatre ménagères...
Après un dernier coup d'½il dehors, le noiraud ouvrit complètement les rideaux et laissa la lumière pénétrer dans sa chambre. Elle était spacieuse et très claire. A côté du lit double se trouvait une table de nuit où était posée une petite lampe et un livre. Diverses choses jonchaient le bureau, dont quelques CDs et dessins. Bill s'approcha de son armoire et fouilla parmi le nombre incalculable de vestes, jeans, t-shirts, chaussures & autres vêtements. La tenue parfaite en main, il se dirigea vers la salle de bain, non sans regarder le cadre qui se trouvait sur l'étagère. Une photo de lui et de son petit ami.
Depuis quelques mois, il vivait une histoire d'amour avec un beau garçon. Ils s'étaient rencontrés dans un café, et s'étaient liés d'une forte amitié qui petit à petit avait laissée place à des sentiments plus profonds. Marc avait fait le premier pas, et devant tant de gentillesse, Bill ne pouvait dire non. Ils passaient la plupart de leurs temps ensemble, et si l'androgyne se préparait consciencieusement dans la salle de bain, c'était parce qu'il avait rendez-vous avec lui. Il serait certainement une fois de plus en retard, mais au moins, magnifique.
[...]
La sonnette retentit, et une touffe noire dévala les escaliers.
- Bonjour !
- Salut Chéri ! Bill rigola à l'entente du surnom et ferma la porte. Il rejoignit Marc dans sa voiture et boucla sa ceinture.
- Où va-t-on ?
- Je t'emmène au parc, l'été approche, il fait chaud, pourquoi ne pas profiter ?
- Super !
- Tu es sublime Bill. Un sourire resplendissant pris place sur le visage du concerné. Mais il ne rougissait pas. À vrai dire, il ne rougissait plus depuis longtemps.
Il observa Marc conduire, il avait une certaine classe au volant. Cependant, quelque chose manquait. Peut-être un peu d'action, où de changement. Il secoua la tête et chassa ses pensées. Il était heureux et c'était le plus important. Du moins, c'est ce qu'il se disait.
[...]
Marchant main dans la main, le couple riait. A première vue, tout allait bien. Le parc était un des endroits préféré de Bill, il y avait tellement de choses. Des jeux pour les enfants, un étang, un marchand de glace, un autre d'hot-dog... Mais ce qui lui plaisait le plus c'était les fleurs. Il y en avait partout, et comme le parc était plutôt grand, c'était magnifique. Il repéra un endroit tranquille près d'un arbre et entraina Marc dans cette direction.
Il s'adossa au tronc et admira la vue. Tout était paisible, parfait. Il y avait des fleurs à quelques mètres d'eux, ils étaient à l'ombre et pouvaient voir pratiquement tout.
- Tu as bien choisi. Bill se redressa et l'embrassa. Au début de leur relation, il aimait énormément l'embrasser. Parce qu'il le faisait bien, parce qu'il avait des papillons dans le ventre & parce qu'il se plaisait à glisser ses lèvres contre les siennes. Seulement maintenant, ce n'était plus comme avant. Il avait toujours du plaisir certes, sinon il ne serait plus avec, mais, et c'était plutôt cruel à dire, il s'était lassé. Il aurait aimé que Marc prenne l'initiative, ou qu'il le surprenne. Qu'il fasse quelques folies pour une fois.
Il lui sourit et se coucha. Non, finalement c'était bien. Parce qu'il aimait Marc et que c'est tout ce qui comptait. Il joua un peu avec les brindilles d'herbes avant qu'une main se glisse entre ses doigts. Il ferma les yeux et ce laissa aller. Il avait mit de la crème solaire, il pouvait bronzer tranquille, normalement il n'aurait pas de coup de soleil.
[...]
- Je t'ai pris vanille ! Bill prit la glace que Marc lui tendait et le remercia. Ils s'étaient endormis un moment et le vent les avait réveillés. Un vent frais, doux.
- Tu veux jouer au volley ? La voix du brun s'éleva dans les airs et rompit le petit silence qui c'était installé.
- Oui, on finit nos glaces et on joue. Bill acquiesça et sourit. Marc avait toujours un ballon dans sa voiture. C'était une des choses qu'il appréciait chez lui, il n'oubliait rien, pensait à tout. Perpétuellement. Il le vit prendre la direction de la voiture, clés en main, et réapparaître quelques instants plus tard.
S'appuyant sur ses deux mains, il se releva et fit face à son petit ami. Il n'était pas très grand mais ce débrouillait plutôt bien à ce jeu. Sans prévenir, il lança la balle dans les airs & Bill frappa dessus avec la pointe de ses doigts.
[...]
Au bout d'un certain temps, la fatigue les gagna. Le noiraud avide de compétition restait fièrement debout, ravi d'avoir gagné, alors que Marc s'appuyait à l'arbre et félicitait Bill, pas contrarié d'avoir perdu le moins du monde. C'était peut-être ces petits détails qui le travaillaient. Marc était toujours heureux pour Bill. Rien ne le dérangeait, aucun petit jeu ne s'installait entre eux.
D'un commun accord, ils s'éloignèrent du parc pour retrouver le véhicule. La journée touchait à sa fin, et Bill avait hâte de rentrer chez lui. Prendre une bonne douche suite à ces efforts et continuer son livre lâchement abandonné sur sa table de nuit. Il en était fou de ce bouquin. Devant son attitude, on pouvait penser qu'il n'était pas romantique. Cependant, il l'était. Mais il ne fallait pas tomber dans l'extrême, le niais.
Il lisait l'histoire d'amour impossible entre une jeune fille et un vampire. Il avait dévoré les trois premiers livres et s'apprêtait à faire de même avec le dernier. Il souriait, repensant à ces fois où il se surprenait à fantasmer sur Edward, le personnage principal. Il espérait secrètement qu'un jour Marc lui révèle quelque chose de fantastique, quelque chose qui ne soit pas ordinaire. Mais non, il était un homme commun, toujours prêt à satisfaire Bill.
La voiture se stoppa devant sa maison, le sortant de ses songes. Il tourna la tête vers Marc et lui souhaita une bonne fin de journée. Il posa rapidement ses lèvres sur les siennes et s'élança sur le petit chemin de pierre qui reliait le portail à sa porte. Avant d'entrer, il se retourna et regarda son compagnon. Il semblait réfléchir, fixant un point imaginaire devant lui. Au bout d'un certain temps, Bill se résigna et fouilla dans sa poche ses clés.
[...]
Voilà comment se résumaient les journées de Bill. Le peu d'actions qui s'y passait pouvait facilement être isolé. Oh, il ne s'en plaignait pas. Après tout, Marc restait la première personne avec qui il avait une relation plus ou moins sérieuse. Mais il prenait peu à peu conscience que quelque chose n'allait pas. Il ne pouvait pas avoir ce sentiment d'ennuie s'il l'aimait vraiment. Il était attaché à lui, mais pas de la bonne manière.
Il était peut-être trop gentil, pas assez méchant. Il le traitait comme une petite princesse, il était au petit soin pour lui. Tout le monde en rêverait. C'était lui le Prince Charmant. Lui que tout le monde cherchait, et que tout le monde enviait à Bill. Et ce dernier était peut-être bien la seule personne qui ne voulait pas de Charmant comme nom de famille.
Oui, il voulait de l'action. Du changement, de la magie, de l'étonnement, du mouvement peut-être aussi. Sortir de la monotonie, qu'on le surprenne de jours en jours. Comme Edward avec Bella. Il voulait une histoire comme dans les livres, comme dans les comptes de fées. De l'adrénaline. Être dans un état second, comme un drogué, mais sans avoir besoin de stupéfiants.
Il finit par s'endormir, son livre en main, et ses lunettes glissant le long de son nez fin.
[...]
- Dis-moi ce qu'elles ont de si spécial Bill ? Ils étaient de nouveau au parc, et le noiraud était couché sur le ventre, en face des fleurs. Il les admirait depuis un bon moment déjà, et la curiosité de Marc avait pris le dessus.
- Hum... Je ne sais pas. Elles m'attirent. Tout en disant cela, Bill s'était mis à caresser les pétales d'une fleur. Elles étaient douces aux toucher, et tellement belles. Soudain, son regard fut captivé par une masse approchant au loin. Ce genre de personne ne présageait rien de bon, en général, c'était plutôt pour les embêter qu'elles approchaient. Bien que Bill n'ait nullement besoin d'être rassuré, Marc posa tout de même sa main sur son dos.
Le noiraud ne quitta pas le garçon des yeux. Il s'avançait, il allait droit sur eux. Et il n'avait pas l'air méchant, au grand étonnement de Bill. Une fois arrivé à leur hauteur, le dreadé, parce que oui, sous sa casquette il y avait une tonne de dreadlocks, ne les insulta pas du tout. Au contraire, il leur sourit gentiment, et se concentra sur les fleurs.
Il déposa son sac noir à terre et fouilla dedans. Il sortit un bloc note et un crayon avant de s'installer. Il fronça les sourcils et se mit à griffonner sur sa feuille. Il paraissait extrêmement concentré, et ne faisait plus attention à ce qui l'entourait. Le bout de sa langue venait parfois mouiller sa lèvre, mais il ne quittait pas des yeux son travail.
Marc ne s'occupait plus de cette étrange personne, et racontait à Bill ce qui c'était passé ce matin avec sa voiture au garage. À contre c½ur, son compagnon lui fit face et l'écouta distraitement, en se demandant ce que pouvait bien faire le garçon derrière lui. C'est vrai, qu'est-ce qui lui prenait, pourquoi venait-il dessiner ici ? Et pourquoi il ne faisait pas attention à lui ?
Tout en pestant contre ce maudit individu, il ponctuait les phrases de son ami par des
« Oh » & des
« Hum » pas très convainquant. Pourtant, même si Marc savait qu'il n'avait pas toute l'attention de Bill, il continuait à lui parler. Peut-être avait-il l'espoir de l'intéresser un peu.
Mais il finit par capituler, et passa une main affectueuse dans les cheveux du brun. Ses yeux bleus claires trouvèrent ceux châtains qui semblaient s'excuser. Il pressa doucement sa bouche contre la tempe de son amoureux, et se coucha, admirant le ciel comme le faisait souvent Bill.
Le dreadé a un joli piercing à la lèvre, fut la seule chose à laquelle Bill pensa lorsqu'il s'allongea sur le ventre, comme tout à l'heure. La tête posée sur un de ses bras, il contemplait doucement le jeune homme. Il était conscient que son petit ami était juste à côté, qu'il venait d'arrêter de parler parce qu'il ne l'écoutait pas, mais c'était plus fort que lui. Il voulait comprendre.
Qu'avait-il de si intéressant ? Un visage aux traits fins, rivalisant aux siens. Une chevelure soutenu par un élastique, et caché par une casquette. Il remarqua aussi un bandeau, et en dessous de celui-ci, quelques gouttes de transpiration. Il faisait vraiment très chaud aujourd'hui, et Bill ne s'aperçu des amples vêtements que maintenant. Pourquoi diable portait-il cet accoutrement ?! Un si grand pantalon & un énorme t-shirt, avec la chaleur qu'il faisait ?
Et puis, quel drôle de manie avait-il à sortir ce bout de chair rose ? Et cette façon de plisser ses sourcils, de faire tourner son crayon dans sa main, et de replacer sa casquette ! Pire que lui.
Les yeux de Bill s'ouvrirent telles deux soucoupes lorsqu'il s'aperçut que, perdu dans ses réflexions et pris dans une concentration extrême à déchiffrer cet inconnu, il venait de reproduire ce qu'il faisait. Boudant, il plongea sa tête dans l'herbe, étouffant un petit rire. La présence de Marc n'était qu'un lointain souvenir, et c'est pourquoi il sursauta quand il l'appela.
- Oui pardon ? Un peu confus de l'avoir oublié, il l'embrassa. Ses mains se posèrent sur ces épaules, et celle de Marc sur son visage. Il massait doucement sa carrure, espérant lui faire comprendre son regret.
- On rentre ?
- Oui, bien sûr...
- Je t'aime Bill. Souriant, il récupéra son sac et se pencha pour cueillir une fleur. Il voulait un souvenir de cette journée. Se redressant complètement, il suivi Marc, tout en parlant de son envie de pop-corn. Leurs silhouettes n'étaient plus qu'ombres, et le dreadé s'autorisa enfin un moment de pause. Son dessin était presque terminé. Il savait déjà comment il l'appellerait
- Bill... [...]
Debout dans sa cuisine, une main sous son menton, Bill réfléchissait. Il avait entre ses doigts un coquelicot. Rouge sang, magnifique. L'inconnu n'avait utilisé qu'un crayon. Comment rendre toute ses nuances avec un simple crayon gris ?
Il se passa une main sur le visage, las de penser à ce garçon. Ne pouvait-il dont pas sortir de son esprit et le laisser en paix ? Tout en portant une tasse de café à ses lèvres, il regarda la pendule accrochée au mur. C'était Marc qui la lui avait offerte. D'ailleurs, le brun n'avait jamais compris ce geste.
Son ventre gargouilla et il prit le téléphone. Une idée saugrenue lui était venue en tête. Pourquoi ne pas organiser un petit pique-nique à deux au parc ? C'est toujours agréable de manger dehors, surtout par un si beau temps.
Il attendait patiemment que Marc décroche, et espérait sincèrement que celui-ci dirait oui. Au fond de lui, il savait très bien ce qu'il cherchait en allant là-bas. Mais il ne pouvait décidemment pas ce l'avouer. Ce n'était pas correct vis-à-vis de son petit ami, mais en même temps, peut-être qu'après ce dessinateur lui sortirait de la tête.
- Bonjour Marc ! [...]
La couverture était étalée sur l'herbe et Bill disposait contentieusement les plats dessus. Marc avait accepté son idée et lui avait promis de le rejoindre, lui intiment de se rendre au parc avant lui. Il devait rapidement terminé quelque chose au bureau, un imprévu.
C'est en général la bonne excuse des hommes qui ont un autre amant, ou qui se tapent la secrétaire. A cette pensée, Bill émit un petit rire. Jamais Marc ne lui ferait ça, puisque Marc est quelqu'un de respectable.
D'autres idées plus idiotes les unes que les autres passèrent dans le cerveau du brun, et celui-ci ne cessait de rire seul, quelques larmes coulant sur ses joues. Parfois, l'hilarité pouvait aller loin, et l'on se sent souvent seul lorsque cela ce produit en plein milieu d'un parc par exemple, et que les gens pensent que l'on est fou.
S'essuyant les joues à l'aide de ses manches, Bill releva la tête tout souriant et remarqua enfin le garçon d'hier, assis en tailleur, la tête cachée entre ses mains, pris de quelques soubresauts. Il entendait aussi quelques sons étranges, allant dans les aigus et les graves.
N'en pouvant apparemment plus, le jeune homme éclata d'un rire franc, et dévoila un visage trempé. Bill l'observa totalement choqué. Etait-il entrain de se foutre de lui ?
Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher d'admirer le blond. Il était magnifique même lorsqu'il rigolait. Ses yeux plissés d'une adorable façon, et ses pommettes qui ressortaient à cause du large sourire qu'il faisait. Ses mains tenant son ventre, comme si cela pouvait l'aider à se calmer. Et sa voix, sa si belle voix...
- Je suis désolé. Brusquement, Bill cessa de le fixer. Il baissa les yeux, et senti une douce chaleur au niveau de ses joues. Il rougissait.
- Ce n'est pas du tout contre toi, c'est juste que, quand quelqu'un rigole, je finis par rire aussi. Le garçon semblait gêner, il ne cessait de se gratter la nuque. Voulant le rassurer, Bill lui tendit sa main.
- Bill. Prenant entre ses doigts sa main manucurée, le dreadé lui répondit
- Tom. Il pouvait enfin mettre un prénom sur cet inconnu. La pression de leurs mains diminuait, et il finit par le lâcher définitivement. Il ne savait plus trop quoi dire, et avait un peu de mal à soutenir son regard.
- Tu... Tu dessines ? Quelques peu hésitant, Tom ouvrit son sac et sortit une feuille. C'était la fleur qu'il avait dessiné l'autre jour. Elle était totalement terminée, et il avait déjà commencé un autre dessin, mais ce n'était qu'une esquisse.
- C'est très beau. Ne sachant que dire d'autre, Bill se dit que c'était au tour de son nouvel ami de dire quelque chose. A près tout, s'il voulait le connaître, il devait aussi parler.
- Tu n'es pas avec ton ami ? Cette remarque pouvait paraître indiscrète, mais le noiraud n'y voyait pas d'inconvénient. Il les avait vu la dernière fois, il était donc normal qu'il se demande où était passé Marc.
- Il va arriver, nous devons pique-niquer. Devant le sourire de Tom, Bill hésitait. Il semblait vraiment sympa, et puis il avait peut-être faim. Marc ne serait pas fâché s'il lui proposait de se joindre à eux, non ? D'un autre côté, on n'invite pas un autre garçon à un repas en amoureux. Mais ce n'était pas en amoureux qu'ils avaient décidé de manger !
Voyant que l'autre se prenait la tête, Tom sortit un sandwich de son sac, et croqua dedans. Il aurait aimé faire plus ample connaissance avec Bill, mais de toute évidence il était casé. Et il n'aimait pas se mettre entre un couple. Surtout qu'ils avaient l'air d'être très proche.
D'un mouvement de tête, le dreadé indiqua à Bill que Marc arrivait. Ce dernier leurs faisait un petit signe de main auquel le noiraud répondit.
- Bonjour Amour ! Marc glissa sa main derrière la nuque de son petit ami et l'embrassa. Tom détourna poliment les yeux, rangeant son sandwich pour plus tard.
- Marc, je te présente Tom. Ils se saluèrent d'un signe de tête et le brun aux yeux bleus s'installa confortablement en face des plats. Comprenant le message, Bill sourit une dernière fois au dreadé, et prit le bol de salade.
Apparemment, son petit ami était jaloux. Il ne lui arrivait jamais de l'embrasser spontanément, surtout devant quelqu'un. D'habitude il était plutôt réservé, timide. Et il fallait la présence d'une tierce personne pour qu'il réagisse. Bill était un peu déçu. Il venait de s'apercevoir qu'avant l'arrivée de Tom, sa vie était monotone. Malgré le fait que cela ne fasse que deux fois qu'il le croisait, c'était les deux uniques fois qu'il se passait quelque chose.
En même temps, le dreadé était attirant. Même s'il ne faisait rien, il était de nature plaisant, et n'aspirait pas du tout à l'antipathie. Il était en ce moment même plongé dans ses pensées, un petit sourire au coin des lèvres. Soupirant, Bill termina son verre d'eau & retira son pull.
Marc semblait anxieux. Depuis qu'il avait croisé ce type, son compagnon était différent. Il paraissait plus... heureux. Avant qu'il n'arrive près d'eux, Bill avait ce sourire, ce vrai sourire qu'il ne fait que très rarement. Et ses yeux exprimaient la joie qu'il renfermait. Maintenant, il avait une petite mine, et rangeait son haut dans son sac sans grande conviction. Comme s'il était ailleurs, ou s'il souhaitait être ailleurs. Peut-être n'était-ce qu'une impression.
[...]
Le temps passait, et Bill voulait de plus en plus aller au parc. Cette idée n'avait jamais dérangé Marc, au contraire, cet endroit semblait convenir parfaitement au couple. Seulement, une ombre au tableau était présente. Ce Tom qui depuis quelques temps hantait son esprit, et certainement encore plus celui de son copain.
Bill ne parlait pratiquement jamais à ce dessinateur. Il lui souriait, le saluait tout au plus. Et pourtant, à chaque fois qu'il le voyait ou l'apercevait, Marc pouvait sentir le pou de son ami battre plus fort, au niveau de son poignet. Il était toujours excité à l'idée d'aller se balader là-bas, même quelques instants. Et le brun n'était pas dupe, c'était simplement pour voir le dreadé. Juste pour voir son visage. Et ce qui peinait le plus Marc, c'était qu'il comprenait que petit à petit, plus les jours passaient, et plus ces petits moments semblaient être les meilleurs de la journée pour Bill...
Le téléphone du brun sonna, et
« Billou » s'afficha sur l'écran. Il répondit et ne fut pas étonné d'entendre la demande de son compagnon. Il prit sa veste et marcha jusqu'à la maison du noiraud qui depuis quelques temps, était toujours à l'heure. Ou peu souvent en retard. Il ne se formalisa pas, de toute façon il avait compris que c'était une fois de plus lié à Tom.
Il se demandait combien de temps il faudrait encore avant qu'ils ne soient amis. Cela arriverait tôt ou tard. D'ailleurs, ce n'était pas une chose dérangeante. Ce qui l'était plus, c'est ce qui risquait d'arriver dans le cas où ils s'apprécieraient. Il pourrait perdre Bill. Mais l'avait-il déjà eu ?
Apercevant son amoureux assis devant sa porte, il sourit. Le pire, c'est que Bill était naïf. Il ne se rendait même pas compte de ce qui se passait. Il ne voulait pas voir qu'il se préoccupait plus de Tom que de son petit ami. Et lorsqu'il s'en apercevra, il culpabilisera. Seulement, Marc s'était préparé depuis longtemps. Leur relation n'avait jamais été stable, ni battit sur de bonnes bases. Alors, quand ce moment sera venu, il le poussera vers ce garçon. Parce que le bonheur de Bill passait avant tout, et que de toutes évidences, ce n'était pas à ses côtés qu'il le trouverait.
Confiant, il profitait des derniers instants éphémères, même s'ils étaient faux. S'accrocher à n'importe quoi pour ne pas craquer. Vivre au maximum, et respirer.
[...]
Intérieurement Marc riait. Il avait l'impression qu'hier, il était l'amant de Bill, même si jusqu'à maintenant rien de bien sexuel n'était arrivé entre eux, et qu'aujourd'hui il avait prit la place de meilleur ami. Etrangement, il se sentait soulagé. Comme si le moment qu'il redoutait était en fait ce qu'il lui fallait. À vrai dire, la vague de liberté qui s'était propagée dans son corps lui avait fait comprendre.
Être l'ami de Bill le rendait plus heureux que d'être son compagnon. Sauf que se dernier ne le savait pas encore. Il ne s'était pas aperçu du changement tout simplement parce qu'il était trop occupé à penser à Tom. Cela se voyait à la façon qu'il avait de furtivement jeter des regards au banc où le dreadé était assis.
- On va le voir ? Marc n'avait pas mal. C'était la fin du chapitre, un nouveau devait commencer. Et pour cela, il fallait pousser Bill à aller vers Tom. Qu'ils apprennent à ce connaître et devenir amis. Pas forcément vivre leur vie ensemble, mais au moins se parler. Donc, même s'il leur fallait un peu d'aide, il était désormais prêt à le faire.
Le sourire hésitant et timide de Bill le fit rire. Il lui prit la main et l'emmena. Depuis quelques jours ils ne s'embrassaient plus, mais le noiraud n'avait rien remarqué. Définitivement trop obnubilé par ce canon. Oui, après mûre réflexion, Marc le trouvait craquant. Et il enviait Bill, il aurait aimé être à sa place & attiré ce jeune homme.
Ils firent le tour du banc et se plantèrent devant Tom. Ce dernier leva la tête et une question muette dansait devant ses yeux. Une fois de plus, il était beau avec cet air interrogateur.
- Bonjour ! La réponse fut immédiate & Marc prit place au côté de Tom. Une discussion enjouée pointa le bout de son nez, certainement due aux nombreuses fois où ils s'étaient vus, mais ne s'étaient jamais adressé réellement la parole.
- Vous avez mis un moment avant de venir me parler !
- Normal, avec la timidité de Bill... Ledit Bill marmonna quelque chose d'incompréhensible et les deux autres se retenaient difficilement de rire.
[...]
Le soleil disparaissait, il était temps de rentrer. Une petite poignée de main, un sourire sur le visage et Marc était fier de lui. Il n'avait même pas eu besoin de trop parler, le feeling était tout de suite passé entre eux. Peut-être cela allait être plus facile que ce qu'il croyait.
Mais le plus dure restait à venir ; quitter Bill. Il avait depuis peu reprit contact avec un ancien ami et ce dernier c'était enfin décidé à l'inviter pour un rendez-vous. Mais il n'y irait jamais sans d'abord laisser son noiraud. Ils continueraient à se parler évidemment, simplement, ils seraient déliés.
En fait, tout serait plus simple. Il en était convaincu maintenant, ils n'étaient pas faits pour être ensemble. Lui cherchait trop de marque d'amour & Bill pas assez... Bill qui rêvassait à l'instant présent.
Il ressassait sans cesse cet après-midi, il n'avait pas dit grand-chose, mais il avait parlé à Tom. Depuis le temps qu'il attendait ça. Il n'aurait jamais eu le courage d'y aller. Il l'intimidait trop. Ou peut-être il avait peur de tout foirer. De bafouiller, de trop parler ou encore de passer pour un crétin.
L'impression d'avoir trouvé ce qui lui manquait, d'avoir comblé un vide, lui était venue à l'esprit. Pour une fois, il s'était senti complet. Et c'était mieux que n'importe quel livre, même celui qui se trouvait sur sa table de nuit.
Tom n'était pas parfait, il s'en doutait. Et c'était exactement ce qui l'attirait. L'envie de connaître tous ses défauts et ses qualités. De faire parti de sa vie, de rire avec, de l'avoir comme ami. Georg était quelqu'un d'exceptionnel, il l'aimait beaucoup, mais il n'était pas comme lui. Justement, ce n'était pas une pale copie de quelqu'un, non, il était unique. Unique à sa façon.
Il avait l'air drôle, et certainement très populaire. Son portable avait sonné plus de trois fois & il n'avait jamais décroché. Soit disant que ce n'était pas important & qu'il ne voulait pas être dérangé. Et malgré son apparence, le noiraud n'avait pas pour habitude de trainer avec ceux qu'au lycée les jeunes appellent «
les stylés ».
Une chose de plus qui les différenciait et qui l'avait effrayé, dissuadé d'aller le voir. Vraiment, sans Marc ils ne se seraient probablement jamais parlé.
Il commençait à faire un peu froid et le vent du soir frôlait délicatement les joues de Bill qui venait de se stopper. En une fraction de seconde, il venait de se rendre compte qu'il avait délaissé son compagnon. Complètement. Et que celui-ci ne s'était pas plaint. Qu'il l'avait même poussé à aller vers Tom.
Il jouait nerveusement avec la petite bille qu'il avait sur la langue, la roulant entre ses dents. Il était perdu, ne savait plus quoi faire. Il n'aimait pas Marc. C'était une fatalité.
Il avait des sentiments pour lui, bien évidemment, mais pas ceux qu'il fallait. En réalité, en ce moment, il n'aimait personne. Il était attiré par le dreadé, certes. Mais ce n'était pas de l'amour non plus.
Marc... Il s'était voilé la face tellement longtemps. Il ne regrettait pas le temps passé avec lui, seulement, il allait horriblement faire souffrir le brun qui lui tenait la main. Ses yeux commençaient à s'humidifier, et ce n'était pas du au vent qui soufflait de plus en plus fort.
Sans rien dire, il le prit dans ses bras et lui murmura une litanie de
« Pardons » tout en pleurant. Il s'accrochait désespérément à sa veste, ne sachant plus que faire. Il était cruel de le quitter, surtout maintenant. Et il s'en voulait. Oh oui, il s'en voulait.
Ne comprenant pas exactement ce qu'il se passait, Marc frotta le dos de Bill à l'aide de sa main. De quoi s'excusait-il ? Soudain, la réponse lui vint en tête. Il avait compris.
Souriant et confiant, il releva le menton de Bill et l'observa longuement, essuyant les larmes qui traçaient d'énormes sillons noirs sur son visage.
- Ce n'est pas grave. Je m'en étais aperçu avant toi. Ne t'inquiète pas. Se nichant dans les bras de son désormais ami, Bill cessait calmement de pleurer, et reprenait une respiration normale. Ainsi donc, Marc ne lui en voulait pas. Il resterait en bons termes. Un poids s'enleva de son c½ur & il se sentait bien. Oui, il allait bien maintenant.
[...]
Refermant le livre qu'il avait entre ses mains, Bill laissa sa tête rencontrer le sofa derrière lui. Il était fatigué, il venait de terminer le quatrième livre, celui posé sur sa table de nuit depuis quelques temps. Il était à la fois content, mais aussi contrarié. Il n'aimait pas les histoires qui prenaient fin.
Cela lui rappela la sienne, de fin. Remarque, elle ne datait que d'une semaine. Et il avait déjà revu Marc deux fois. Ce qui semblait étrange, mais qui confirmait ces dernières suppositions et effaçait toutes marques d'inquiétudes, c'est qu'ils étaient plus proche qu'avant. Ils étaient en quelques sortes le confident de l'autre. Marc lui avait même avoué qu'il devait aller voir un certain Gustav se soir.
Et Bill ne savait pas quoi faire. Il n'était pas retourné au parc depuis ce fameux jour, il avait préféré passer son temps avec Georg avant qu'il ne se marie. L'heureuse élue n'aimait pas le noiraud et c'était réciproque. Donc, autant profiter du peu de temps qu'il restait. Sauf que maintenant, il ne savait pas si Tom y allait toujours, au parc.
Il s'était aperçu que la seule information concrète qu'il avait, c'était qu'il allait souvent là-bas. Imaginer qu'il n'y retourne plus, et ils n'auraient plus aucun contact. C'est pourquoi, il devait absolument le revoir, ne serait-ce que pour savoir où il habite, ou encore pour avoir son numéro.
Il retira ses lunettes et se massa l'arête du nez. Son entêtement le perdra. Il enfila ses santiags et claqua la porte de sa maison. Plus vite il y serait, mieux se sera.
Marchant rapidement, il se rapprochait de son but. Il espérait vraiment qu'il n'ait pas laissé passer sa chance. Avoir un nouvel ami, surtout Tom, aurait été génial. Il traversa le parc, essayant de repérer quelques dreads. Il fit le tour, en vain.
Traînant des pieds et extrêmement déçu, il avançait n'importe où. Il fallait toujours qu'il se rende compte des choses trop tard. Il n'avait jamais appris à vivre l'instant présent. Il tentait de faire bonne figure au près de tout le monde, il n'arrivait pas à être lui-même. Même ses parents, il ne les connaissait pas. Adopté par une famille assez aisée, il avait presque tout ce qu'il voulait. Matériellement il était gâté. Parfois même, lorsqu'il était petit, il offrait ses jouets à ses camarades dans l'espoir de ne plus être jalousé. Mais cela ne marchait pas.
Plus grand il avait appris à se faire discret, et être sourd aux insultes. Ses parents lui avaient payé une petite maison & il n'avait pratiquement plus de contact avec eux. Comme pour se débarrasser d'un poids.
Néanmoins son compte était toujours alimenté. Il ne travaillait pas parce qu'il n'en avait pas besoin, mais surtout parce qu'il ne savait pas quoi faire. Il n'avait pas de rêve. Aucune envie concernant un travail ou une activité. Il n'avait pas de réelle identité, comme s'il était perdu.
Et il se sentait seul. Et même en ce moment, il était seul. Debout devant le lac, il fit le tour de lui-même pour s'apercevoir que personne n'était là. Evidemment, il avait voulu finir son livre, et maintenant, il était déjà 17heures. En plus, il faisait froid, et il n'avait pas pensé à prendre son manteau.
Mais il ne bougeait pas. Il voulait rester, regarder l'eau se mouvoir. Imaginer une plage, de grandes vagues, lui en maillot de bain buvant un cocktail. Ou encore un balcon, des étoiles et un chocolat chaud en main. Il ne savait pas, il ne savait plus. Se sentiment était dérangeant, être perdu l'oppressait.
- L'automne approche. Bill soupira de contentement et laissa sa tête retombée en arrière. Soulagé, c'était ça. Une voix reconnaissable entre toute. Il sentit une chose se poser contre ses épaules, et lorsqu'il ouvrit les yeux, il vit une veste le recouvrir.
- Mais tu va avoir froid. De la buée sortait de sa bouche à chaque fois qu'il prononçait un mot. Le vent lui donnait des frisons et ces mains étaient froides. La nuit arrivait de plus en plus rapidement, et les feuilles tombaient de temps en temps.
- Non, il me reste encore un sweat. Reconnaissant, le brun lui murmura un merci, et observa Tom. Se dernier se penchait pour ramasser quelques cailloux, et laissait entrevoir un beau postérieur. Les joues de Bill se réchauffèrent un peu, et il comprit qu'il rougissait une nouvelle fois. Une agréable sensation.
Les ricochets que provoquait le blond étaient la seule source de bruit. Des «
Plouf » sonores. Aucun des deux ne parlait. Et c'est à ce moment là que le brun se remémora le pourquoi de sa sortie. Le trouver. Et maintenant qu'il l'avait au près de lui, il ne disait rien.
- Dis, où habites-tu ? Cessant son mouvement, le dreadé se retourna. Enigmatique, voilà ce qui qualifierait son regard. Un mince sourire étira ses lèvres et il frotta ses mains l'une contre l'autre.
- Viens, je vais te montrer. Leurs pieds foulaient le sol assez rapidement, choutant parfois le gravier qui se trouvait sur le chemin. Le brun reconnaissait l'endroit, un quartier pas loin du sien, une dizaine de minutes à pied tout au plus.
Tom finit par s'arrêter devant une maison, souleva le paillasson et prit une clé.
- Entre. Bill retira ses chaussures et suivit le dreadé. La maison semblait habitée par quelqu'un d'autre, et il en eut confirmation en voyant un garçon étalé sur le canapé. Ce dernier lui fit un petit signe de la main avant d'exploser de rire en regardant le blond. Une de leur histoire récente, sans doute...
Ils passèrent part la cuisine avant de monter à l'étage. Lorsque Tom marchait, ses dreads sautaient et tapaient ses épaules. Mouvement fascinant. Tellement fascinant que Bill se cogna contre le dos de son ami n'ayant pas remarqué qu'il s'était arrêté.
- 'Scuse. Cachant maladroitement son sourire, le dreadé lui présenta sa chambre. Certes, assez banale, mais elle avait son propre style. Ce qui attirait le plus Bill, c'était son lit. Il avait l'air confortable, et était très grand. S'il s'écoutait, il serait déjà couché dessus depuis longtemps.
- Tu peux aller sur le lit si tu veux. Sursautant, le brun se retourna vers le blond. L'aurait-il entendu penser ?
Il s'installa néanmoins sur les couvertures et resserra davantage la veste qu'il lui avait prêtée autour de lui, espérant trouver un peu plus de chaleur. Il était frileux.
- Que faisais-tu en face du lac ? Tournant la tête à droite, le brun regardait Tom. Comment est-il sans casquette ?
- Je n'ai rien d'autre à faire. Il baissa les yeux, peut-être un peu honteux. Qu'est-ce qu'il allait penser ? Passer pour un snob qui ne veut en aucun cas se salir les mains était une des choses qu'il redoutait le plus. Remarque, il ne savait même pas qu'il était riche, donc il ne penserait pas à ça. Il se dirait dans se cas que ce n'est qu'un bon à rien.
- Alors, tu ne fais rien de ton temps libre ?
- Je ne sais pas quoi faire. Il n'allait certainement pas se mettre à pleurer. Prendre un peu plus d'assurance ne lui ferait pas de mal. Il arrivait très bien au près des gens qu'il ne connaissait pas, alors il n'allait pas le faire devant Tom.
Le blond s'assit en tailleur et scruta silencieusement le brun. Il retira sa casquette et la posa délicatement sur sa table de nuit.
- Réponds sérieusement. De quoi as-tu envie là, tout de suite ? C'est un peu perplexe que le brun se redressa.
- Allez, dis-moi. Tom s'était levé, et faisait de grand geste. Comme pour l'inciter à parler, à dire des choses extraordinaires, au-delà du possible. Il avait une telle force, tant de volonté. Et cela l'encourageait tellement.
- Hum. J'ai envie de chips. Le dreadé parti en courant, laissant seul Bill. Quelle idée de répondre des chips ? Il ne s'était même pas rendu compte qu'il avait faim. Cette question, il ne se l'était jamais posée. De quoi a-t-il envie ?
Un énorme sourire plaqué au visage, Tom reprit place sur le lit, déposant le paquet entre eux deux. Ils mâchaient bruyamment, riant quand le brun tentait de camoufler le bruit. Il était heureux de partager ce moment avec lui.
- On a tout fini.
- Exact. Ils partirent dans un fou rire, sans réellement comprendre pourquoi. De toute façon, il ne fallait pas chercher de raisons pour tout. Vivre, c'était déjà amplement suffisant. A peu près calme, Tom reprit la parole.
- Et maintenant, de quoi as-tu envie ?
- D'un câlin ? Pour toute réponse, le blond ouvrit ses bras.
[...]
Il venait de refermer la porte sur Bill. C'était la deuxième fois qu'il venait chez lui, et ils commençaient à vraiment bien s'entendre. Il ne pensait pas se lier d'amitié avec quelqu'un d'inconnu aussi facilement. Cela n'avait que très rarement marché, les gens oubliaient trop vite son existence. Et la seule personne qui était restée depuis toujours, était Kyle, la masse étendu sur le divan.
Il avait répondu à l'annonce, celle que Tom avait mise pour trouver un colocataire. Et il était toujours là. Le rouquin, comme l'appelait le blond, avait le même âge que lui & travaillait comme réceptionniste dans une boîte. Il était au courant concernant les préférences du dreadé, mais cela ne le dérangeait pas, bien qu'il soit un pur hétéro.
Souvent, il écoutait le blond lui parler de sa vie, des garçons qui venaient et repartaient. Il ne s'y attachait pas, trop déçu par quelqu'un auparavant. Sa mère lui avait dit que son frère l'avait abandonné plus jeune, choisissant de partir dans une famille d'accueil. Il ne l'avait jamais accepté. Il ne connaissait pas son frère, trop petit pour s'en souvenir. Il avait même jusqu'à oublier son existence, ne l'apprenant que lorsque sa mère lui avait avoué qu'il avait un frère.
Il ne savait ni son prénom, ni son âge. Encore moins où il avait bien pu partir. Ses parents s'étaient toujours opposés à ses recherches, et il ne savait pas pourquoi. Mais Kyle, lui, le savait. Ce que Tom n'avait jamais remarqué, c'est qu'en aucun cas un bébé aurait décidé seul de partir. Ses parents avaient certainement décidé de ne pas le garder et préféraient mettre la faute sur lui, plutôt que de dire à leur unique fils qu'ils l'avaient privé d'un amour fraternel.
Il espérait qu'un jour le dreadé s'en rende compte, et qu'il reprenne ses recherches. Savoir que quelqu'un de sa famille se promenait dans la nature, sans même savoir qu'il avait une vraie famille était horrible.
- Hey Tom ! Le son de sa voix était sans appel. Il était grand temps que son ami lui explique qui était donc ce brun qui venait sans cesse chez eux. Et surtout, il voulait se plaindre. Pourquoi donc Tom ne les avait pas présentés ?
- Qui c'est ? C'est lui que tu voyais au parc, avoues !, dit Kyle, un regard suspicieux.
Le blond s'installa sur le canapé et se maudit intérieurement d'avoir parlé de Bill à son colocataire. Il pensait ne jamais le revoir & c'était donc laissé aller à lui raconter des qualités dont il n'était pas certain. Même si elles se confirmaient à chaque fois qu'il revoyait le brun.
Il avait de suite eu envie de connaître cet étrange phénomène. Personne n'osait s'habiller ou se comporter comme lui, et il semblait joueur. En gros, il n'avait pas l'air ennuyeux.
- Ouai, c'est Bill, souffla-t-il.
Le roux paraissait tout excité et gigotait sur le canapé. Il voulait en savoir plus, qui sait, peut-être que Tom allait enfin accepter un ami. Le brun n'avait pas l'air de vouloir le laisser tomber de si tôt.
- Mais encore ... ? Devant l'air avide de réponse de son ami, le blond éclata de rire. Il n'y avait que lui qui avait une tête pareil. Il était à peu près au courant de tout, se foutant royalement de lui quand Bill était venu pour la première fois. Heureusement, ce dernier n'y avait pas accordé trop d'importance.
Il lui sourit et se leva. Il n'avait pas envie de tout lui raconter. Par contre, une mandarine ne serait pas de refus.
Voyant Tom partir en direction de la cuisine, Kyle lui balança un cousin que le dreadé évita en riant. Le roux allait bouder, allait faire tout ce qu'il pouvait pour savoir ce qu'il n'avait pas voulu lui dire, mais ce n'était pas grave. Il était heureux.
[...]
- Les fleurs sont carrément fanées.
- J'admets.
Le mois d'octobre venait de commencer, et il pleuvait très souvent. Ce matin en revanche, aucune goutte de pluie à l'horizon. Juste de l'herbe humide, un veut froid et un ciel gris. Marc et Bill se promenaient dans la rue, flânant sans but précis.
Marc était désormais en couple avec Gustav. Tout était parfait, il vivait dans une bulle de bonheur. Il passait le plus claire de son temps avec lui, dînant au restaurant, allant au cinéma. Il pensait emménager avec lui, chose qu'il n'avait jamais faite avec Bill. Ils avaient pris la bonne décision, être ami amenait plus d'avantage.
Il parlait toujours de son compagnon, et ses yeux brillaient constamment. Un peu comme un enfant devant une sucrerie, empli de joie. C'était à en croire ses paroles l'homme le plus doux de la terre.
Cependant, il n'aimait pas trop étaler sa vie devant Bill. Il savait qu'il pouvait tout lui raconter, mais le brun était seul et ne semblait trouver personne. Il avait pourtant l'air comblé, mais n'avait toujours pas d'activité précise à faire ou de petit ami.
Il s'ennuyait ses jours-ci. Tom était parti voir sa mère durant 2 semaines, et ils ne s'étaient pas vus beaucoup. Il n'avait pas encore découvert qui était le jeune garçon qui partageait son appartement, et se sentait moins fort comme il n'était pas là.
Sans le savoir, le dreadé l'aidait. Il était patient et avait toujours la joie de vivre. Ils ne se connaissaient pas vraiment, discutant de choses futiles sans jamais vraiment prendre le temps de parler de choses plus intimes, de problèmes. Pourtant, Bill voyait que quelque chose le tracassait.
Peut-être à cause de la cigarette. Il n'en prenait qu'une par semaine. Ce n'était pas du tout une dépendance, il avait l'air de s'obliger à la faire. Comme si tirer sur cette clope pouvait évacuer quelque chose d'intérieur, quelque chose de trop dur. L'espoir de voir tout s'envoler en même temps que la fumée qui passait dans sa gorge. Foutaises.
Il ne lui avait jamais demandé pourquoi. Pourquoi il était triste lorsqu'il le faisait, et pourquoi il prenait un malin plaisir à détruire ses poumons pour se punir d'une chose dont il n'était certainement pas le coupable, à en juger la peine qu'il avait à fumer.
Et il y avait aussi ce regard. Quand parfois, un petit silence s'installait et qu'il regardait dans les vagues. Il bougeait ses doigts et semblait chercher des réponses. Bill était persuadé qu'il jouait de la guitare. Cette façon de mouvoir ses mains, sans s'en apercevoir.
Normalement, il devait rentrer cet après-midi. Le train arrivait vers 14heures et il lui avait promis de passer l'aider pour les valises. Ce n'était pas une corvée, au contraire, il avait hâte. Il soupira et admira les feuilles qui virevoltaient au vent. La nature faisait de belles choses.
- À quoi tu penses ?, demanda Marc.
Le brun releva la tête. Quelques mèches de cheveux lui barraient la vue, il les déplaça dans mouvement de main. Perdu dans ses réflexions, il fixait ses converses, usées avec le temps, depuis un moment.
- À quelques détails. Ses paroles furent un peu couverte par le vent, mais le brun les compris. Ils marchèrent encore un peu avant de prendre la direction d'un petit café, histoire de boire du chocolat chaud.
La tasse entre les mains, Bill humait la vapeur qui s'en dégageait. Ça sentait bon. Il n'y avait pas trop de bruit dans la salle, quelques personnes étaient là, mais tout était calme. Reposant.
Il repensait à Révélation. Dernier livre qu'il avait lu, et qui l'avait emporté au-delà de ses rêves les plus fous. Ou encore à la musique. Certaines chansons, tristes. Il n'allait pas très bien ses temps-ci. Plongé dans un profond vide, loin de tout, rien. Et pourtant proche. Il ne comprenait pas.
[...]
14h50, la gare. Marc l'avait laissé sur un banc, il devait rejoindre Gustav. Ils avaient passés la matinée ensemble, mais sans réellement parler. Bill était ailleurs, vraiment, et il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour lui.
Le brun était penché en avant, ses deux mains jointes. Il écoutait les trains, les gens, la vie. Toute cette agitation, ses accolades, ses discussions. Tous répartis sur différents quai, quittant la ville pour ne plus jamais revenir, ou juste pour quelques jours.
L'attente insoutenable de quelqu'un qui devait arriver. Les adieux déchirants de personnes qui n'allaient plus se revoir avant longtemps. Lui était dans le premier cas, impatient. C'était difficile d'attendre seul, dans le froid. Mais la simple pensée que dans quelques minutes il allait le retrouver l'aidait. Il pourrait peut-être de nouveau l'aider.
De son côté, Tom était appuyé contre la vitre. Sa tête se cognait parfois, mais il n'en n'avait que faire. Il était trop préoccupé, cette semaine ne s'était pas passé comme il l'avait espéré. Tout avait été remis en question.
Il espérait vraiment que Bill n'ai pas oublié. Qu'il l'attende sur le quai. Et puis quoi ? Rien. Il ne pourrait pas résoudre son problème, n'en connaissant même pas l'existence. Kyle ne pourrait pas, tout simplement parce que le blond ne voulait pas. Il ne voulait pas y croire, c'était trop compliqué.
Alors il regardait sa montre avec impatience. Les passagers autour de lui étaient aussi excités, le train ralentissait. Et plus il s'approchait du brun, plus il se sentait mal & extrêmement bien à la fois. Il venait d'apprendre une partie de la vérité, et tout ce qu'il voulait c'était un peu de réconfort. Il n'était peut-être pas aussi costaud que ce qu'il croyait. Il était lui aussi faible, humain.
Toutes ses personnes qui se pressaient devant les portes et celles dehors qui ne tenaient pas en place. Lui ne se levait pas, attendait que plus personne ne bouche le passage. Il ne chercha même pas à trouver le brun dehors, il était là, il le savait, il le sentait.
Lorsque son tour vint enfin, et qu'il descendit avec ses deux grosses valises, il senti le changement de température. Il faisait très froid. Il avança de quelques pas, et l'aperçu, assis sur un banc. Et c'est à ce moment que Bill leva les yeux. Ses traits étaient tirés, et la fatigue se ressentait. Il se leva et s'approcha du blond.
Face à face, Tom lâcha ses bagages.
- De quoi as-tu envie, là ? Ses mots n'étaient que murmures, et au fond, la question était plutôt une demande muette. Bill passa ses bras autour de lui et le serra fort. Lequel des deux en avaient le plus le besoin, aucune idée. Mais le blond pu enfin évacuer tout le stress accumulé, et une partie de sa peine. Les larmes coulaient et quelque chose entre eux c'était cassé. L'illusion que l'autre allait bien.
[...]
Ils étaient restés un moment enlacé au milieu de la gare, entouré de deux valises. Personne ne les avait bousculés, comme pour ne pas les déranger. Ce qui au début promettait d'être une belle amitié c'était vite transformé en jeu vicieux. Ils ne montraient que le positif, et avaient négligé le plus important, eux-mêmes.
Se séparant doucement, le brun s'abaissa pour ramasser une des malles et commencer à marcher. Pas la peine de parler, ils étaient conscient que plus tard, une discussion s'imposerait. Les roulettes des malles buttaient contre les cailloux et donnaient un peu de vie aux alentours. Aucune voiture ne passait, et aucun bruit ne se faisait entendre.
Tom ne savait pas trop où ils allaient, mais Bill semblait sur de lui. Ils arrivèrent près d'une maison, et il comprit que c'était celle de son ami. Il n'y était jamais allé, et se demandait où vivant le brun.
La maison sentait bon, elle sentait clairement Bill. Tout était beau, et il le suivait en admirant la décoration. Ils montèrent les escaliers et le blond abandonna ses bagages dans le couloir.
- La salle de bain. Je vais t'apporter un linge, et tu pourras te doucher. Le dreadé acquiesça, et entra dans la pièce. Une grande douche était présente dans le coin, entouré de fenêtres floues. Plusieurs shampooings étaient posés sur un rebord, et il ne savait pas lequel il devait prendre.
Il prit la serviette que lui tendait le brun et ferma la porte. Il se déshabilla, pliant ses affaires pour les poser sur le petit meuble. Il alluma l'eau et se glissa sous le jet. Il ferma les vitres, et se sentit tout d'un coup très à l'étroit. La cabine était assez petite, mais il y avait assez de place pour deux personnes. Deux personnes très rapprochés. Il rit doucement, sentant tout de même le rouge envahir ses joues. Bill aurait-il déjà amené quelqu'un ici ?
Il se lava consciencieusement, se délectant de l'odeur du parfum qui emplissait la pièce. Il se rinça une dernière fois, et s'enroula dans le linge qu'il lui avait prêté. Un miroir lui faisait face, et il s'observa. Il n'était pas si attirant que ça. Il ne comprenait pas tous ses gens qui lui tournaient autour.
Il passa son caleçon et son t-shirt. Le baggy ne lui faisait pas très envie, et il avait un jogging dans ses bagages. Son haut assez large le couvrait jusqu'aux genoux, il sortit donc dans les couloirs.
Il trouva non sans peine le vêtement qui lui manquait et retourna dans la salle de bain nettoyer la douche. Il détestait quand Kyle trempait tout et se doutait qu'il en était de même pour Bill. Il se regarda une dernière fois dans le miroir avant de relâcher ses dreads. Elles goutaient sur ses épaules.
- Bill ? Une porte s'ouvrit faisant sursauter le blond et il entra dans la chambre où son ami se trouvait. Il était assis sur le lit, un livre entre les mains. Il s'était lui aussi changé et portait le même bas que Tom.
- Tu as de bon goût. Un rire accompagna sa phrase et le dreadé sourit.
- Que tiens-tu entre tes mains ?, demanda-t-il.
Un immense sourire vint se glisser sur les lèvres du brun. Il lui raconta l'histoire, et de cette façon lui révéla certaines choses. Il lui parla de son envie de vivre quelque chose d'extraordinaire, de faire des choses interdites. Il lui expliqua pourquoi il avait quitté Marc, mettant ainsi au courant Tom. Se dernier ne le savait pas, et en fut étonné.
Il écouta avec attention tout ce que lui disait, sachant pertinemment qu'il devrait en faire autant après. Ce livre semblait être ce que voulait vivre Bill. Seulement, dans la vraie vie cela n'arrivait jamais. Aucun vampire ne viendrait l'aimer.
Il remarqua qu'au fur et à mesure que son ami parlait, il se détendait. Un poids s'enlevait de son c½ur, et il respirait mieux. Alors il l'encourageait d'avantage à lui raconter ses espoirs, même si tout était vain.
Ils étaient appuyés contre la tête de lit, et le temps passait. Ils discutaient, échangeant anecdotes et autres souvenirs. Le livre avait été reposé sur la table de nuit, et un petit silence venait de se faire. C'était son tour.
- Tu sais, les deux semaines chez ma mère ne se sont pas passées comme je le croyais. Il ne savait pas par où commencer. Peut-être par le début. Il rencontra deux yeux noisette qui le fixaient et il reporta son attention au plafond.
- Ma mère m'a dit que j'avais un frère. Mais qu'il avait préféré partir. Il soupira, sentant les larmes monter. Il n'aimait pas en parler, surtout depuis qu'il savait. Il s'était totalement trompé, et il s'en voulait. Ce n'était pas de sa faute.
- Sauf qu'elle m'a avoué quelque chose. Mon frère n'a pas choisit de partir. C'est elle qui l'a donné. Elle l'a fait adopter, sa voix se cassa.
Bill expira fortement. Il ne lui avait pas dit qu'il s'était lui-même fait adopter. Etait-ce aussi dur pour le blond que pour lui ? Ressentait-il lui aussi un vide, un manque. Un ou plusieurs membres d'une famille, des gens qui auraient du l'aimer ?
Il se tourna vers Tom. La tête baissée, les mains tremblantes. Il devinait sans peine des yeux débordants de larmes. Mais une impression, quelque chose lui disait qu'il n'avait pas terminé.
- J'ai un jumeau, merde. La voix c'était voulue forte, claire, mais il n'y était pas arrivé. Il reniflait, sanglotait, comme il ne l'avait jamais fait avant. C'était plus fort que lui, il ne contrôlait plus rien.
Le brun frictionna son bras, ne sachant que dire. Cette nouvelle était choquante. Jamais il n'aurait pensé entendre quelque chose comme ça. Il venait de voir que le blond était comme lui, qu'il le comprenait. Sauf que c'était certainement plus dur pour lui, il était incomplet, une moitié de lui perdue.
Un téléphone sonna, et Tom reconnu son portable. Il tenta de se calmer, et sécha quelques larmes avant de regarder qui l'appelait. Kyle. Il laissa l'appareil sonner et ne répondit pas.
Au bout d'un moment, sa respiration se fit plus régulière. Bill était toujours à ses côtés, perdu dans ses pensés. Sa main était toujours posée sur son bras, et se contact le rassurait.
- Je me suis fait adopter. Un sourire compatissant sur le visage. C'était tout ce qu'ils pouvaient faire.
[...]
Décembre. La neige tombait, et recouvrait les routes. Tom laissait des traces de pas derrière lui. Une écharpe recouvrait son menton, et ses mains étaient enfoncées dans ses poches.
Kyle marchait à ses côtés, pestant contre les flocons qui se glissaient dans son col. Quelle idée de sortir par un temps pareil ? Il soupira une énième fois créant une fumée. Il rencontra une nouvelle fois le regard noir de son ami.
D'accord, il avait insisté pour accompagner le blond. Mais depuis tout ce temps, il ne connaissait pas encore Bill et il voulait que cela change. Le dreadé passait de plus en plus de temps avec lui, et apparemment il était au courant concernant son frère. Sujet très sensible, donc, ils s'étaient certainement rapprochés.
Et il lui manquait quelques informations. Il avait épuisé son stock d'allusion, de petites remarques concernant le brun. Il aimait bien taquiner Tom, et il ne savait plus quoi dire. Alors, il allait se rabattre sur Bill. Ou peut-être même sur les deux en même temps. Un sourire machiavélique se dessina sur ses lèvres, et le blond aurait juré voir deux petites cornes dépasser de ses cheveux roux.
- On y est, souffla-t-il,
tu ne fais rien d'idiot. Devant l'air innocent de Kyle, il savait qu'il était foutu. Il secoua la tête et sonna.
Un
« J'arrive » se fit entendre et la porte s'ouvrit. Les deux jeunes hommes entrèrent rapidement, espérant trouver un peu de chaleur dans la maison.
Habitué, Tom se débarrassa de ses affaires avant de se diriger au salon. Il revint quelques secondes après, confus, ce qui provoqua un fou rire chez les deux autres.
- Oh ça va hein... Malgré ses protestations, ils n'arrêtèrent pas, et un doux sourire prit place sur son visage. Que c'était bon de les voir rire.
Calmés, ils se rendirent au salon. Kyle découvrait la maison pendant que Bill sortait à boire. Tom ne cessait de marmonner, se massant le front. Pourquoi avait-il amené le roux ? Pourquoi ?
- Donc, c'est toi son colocataire ? La question de Bill attira l'attention de Kyle, et il répondit positivement. Ils firent connaissance, découvrant quelques points en commun. Ils partagèrent quelques histoires sur Tom qui en ce moment faisait mine de bouder.
- Bah alors, on fait la tête ?, questionna le roux.
Cette remarque lui valut un coussin. Bill haussa un sourcil lorsque Kyle se jeta sur le blond. Ils avaient de drôle de réaction. Il fut tiré de ses réflexion par un objet non-identifié qui lui arriva dessus. S'attendant à un reproche, les deux amis stoppèrent leurs gestes.
Le brun se leva, et monta les escaliers. Durant quelques secondes rien ne se passa, jusqu'à ce qu'il revienne chargé de bouteilles d'eau. Un sourire carnassier aux lèvres il avançait, sadiquement. Le roux en profita pour partir, lançant un
« Bonne chance » à qui voulait l'entendre.
Le blond reculait, espérant ne pas se faire mouiller.
- Allez Bill... Tu vas quand même pas- Un giclé d'eau lui arriva dessus et il frissonna. Le brun partait déjà en courant à travers la maison alors que Tom se baissait pour prendre une des bouteilles lâchement abandonnée.
Rigolant, ils se balançaient de l'eau, mouillant tant tôt les meubles, tant tôt l'autre. N'ayant plus de munitions, le dreadé se dirigea dans la salle d'eau, suivi de près par son ami.
Un bruit de porte qui se ferme, et Tom était pris au piège. Il ferma le robinet, et Bill en profita pour déverser le reste de sa bouteille sur lui. L'eau coulait dans son d'eau et il riait.
- Et maintenant ?, demanda le blond.
- Et maintenant, sous la douche ! Tout en disant cela, il poussa son ami. Son dos heurta le mur et le brun ferma les vitres. Il alluma l'eau chaude et s'appuya contre la paroi. Ils étaient trempe, et sous la douche habillés. Les yeux fermés, il se laissa aller. Il était bien là.
En revanche, Tom avait très chaud. Comme il avait pu le constater auparavant, la douche était assez grande pour deux personnes. À condition qu'elles se touchent. Il avait son bras pressé contre celui de Bill et ne pouvait faire autrement.
De la buée se créait, et des vapeurs s'envolaient. Les cheveux de Bill se collaient à son front et ses habits le moulaient exagérément. Ils devaient sortir, et vite. Comme si le brun l'avait entendu, il arrêta l'eau et sortit. Il prit de linge et en donna un à son ami.
Alors qu'il s'essuyait, le brun se rendit compte d'une chose. Avec son idée stupide de faire une bataille d'eau, Tom se retrouvait complètement mouillé et n'avait pas d'habits de rechange. Pire, il ne pouvait pas rentrer chez lui dans cet état, avec le froid qu'il faisait. C'était une pneumonie assurée.
Pendant que l'autre réfléchissait, le blond tentait de se calmer. Une bouffée de chaleur certainement due à la température de la pièce. Il ne se comprenait pas d'ailleurs. Depuis quelques temps déjà, il cherchait son frère. Il devait remplir des tonnes et des tonnes de feuilles pour l'agence à laquelle il avait fait appel. Elle devait commencer par demander l'accord à son frère, dans le cas où elle le retrouverait. Autant dire que cela prendrait un moment.
Et il ne s'était plus laissé aller à penser aux autres. Il s'était attaché à son frère, personne qu'il ne rencontrerait peut-être jamais. Mais sous la douche, quelques secondes avant, avec Bill, il s'était emporté. Il avait ressenti un sentiment qu'il s'était interdit, d'abord parce qu'il en voulait à son jumeau, puis parce qu'il voulait retrouver ce-dit jumeau.
De l'intérêt. Il éprouvait un certain intérêt pour le brun. Il ne devait pas, surtout qu'il le connaissait depuis peu de temps et qu'il ne s'imaginait pas avec lui. Non, il ne pouvait pas. Surtout que maintenant, ils se disaient énormément de choses, et c'était rapprochés.
- Tu as remarqué que quand tu vas bien, moi aussi & quand je m'inquiète, toi aussi ?Le blond sursauta et porta sa main à sa poitrine.
- J'ai failli avoir une crise cardiaque !Tout en disant cela, il lui donna un petit coup avec la serviette. Mais Bill avait raison. Il porta son attention sur le brun. Il se semblait préoccupé, mâchonnant sa lèvre inférieure. Ses sourcils étaient froncés et il lui rappelait étrangement quelqu'un. Lui.
- Tu n'as qu'à resté ici !Devant son air enfantin, Tom ne put que rire gentiment. Il était adorable.
- Je ne voudrais pas te déranger.- Mais tu ne me déranges pas, murmura-t-il.
L'ambiance avait complètement changé. Un petit silence c'était installé, mais pas un silence lourd, juste détendu. Mise à part les câlins, ils ne se montraient jamais leurs affections, estimant que l'autre n'en n'avait pas besoin.
Il était rare qu'une phrase comme celle-ci soit prononcée, même banale, elle était tellement importante. Parce qu'ils avaient tous les deux peur. Peur de s'attacher, peur de s'emporter. Chacun avaient leurs raisons. Raisons qui se rejoignaient peut-être.
-
D'accord. Mais laisse-moi t'aider à nettoyer.[...]
Il était assis sur son sofa, observant le blond sur le canapé. Ils regardaient la télévision, n'ayant pas trouvé d'autre idée plus attrayante. Seulement, le dreadé avait finit par s'endormir.
Tom était couché sur le divan, la tête reposant sur son bras. Ses dreads étaient lâchées, et ses jambes repliées contre son torse. Le brun le contemplait depuis un moment, et se posait des questions. Comment se faisait-il qu'il n'ait personne ? Il était tout simplement magnifique.
La fatigue le gagnant lui aussi, Bill prit la télécommande et éteignit le poste. Il décida de porter le blond jusqu'à la chambre, n'ayant pas le courage de le sortir du sommeil. Il glissa une main sous ses genoux et cala la tête du dreadé contre son torse. Il n'était pas très lourd et la chambre pas très loin.
Une fois arrivé à destination, il le coucha veillant à ne pas faire de mouvement brusque. Il ne savait pas comment Tom dormait et le préféra le laisser habiller. Lui en revanche ne dormait qu'en boxer. Il ferait une exception cette nuit, et laisserai le bas.
Torse nu, il s'installa aux côté du blond, rabattant les couvertures sur eux. Il se laissa bercer par la respiration de son ami, attendant Morphée...
[...]
Il ouvrit les yeux essayant de s'habituer à l'obscurité de la pièce. Il n'aurait su dire si c'était le matin ou la nuit, les volets étant clos. Mais il savait qu'il n'était pas chez lui. La masse allongée à ses côtés le confirma.
Il était bien, couché au milieu des coussins de Bill. Son odeur était partout, et le rassurait. Il était dans une sorte de cocon, emmitouflé de la sorte. Mais était-ce normal qu'il se sente si bien en compagnie de son ami ? Ou cela cachait-il quelque chose ? Il devrait peut-être en parler avec Kyle, en avoir le c½ur net.
Les doigts du brun remuaient doucement, effleurant l'avant bras de Tom. Il se réveillait à son tour, non conscient de son geste affectueux involontaire.
- Bonjour...Parole presque inaudible, le sommeil toujours présent dans l'esprit de Bill. Mais un sourire lui répondit tout de même.
Ils restèrent là pendant un moment, se contentant de la présence de l'autre. Il était plus agréable de dormir avec quelqu'un que de dormir seul. Le réveil l'était aussi. Le souffle chaud du blond caressait le front du brun, qui se sentait apaisé.
- Tu veux qu'on se lève, murmura le blond.
Bill acquiesça et souleva doucement les couvertures. Il s'étira avant de voir le regard suspect de son ami.
- Qu'est-ce qu'il y a ?D'un mouvement du menton, Tom lui désigna une des branches de l'étoile qui dépassait de son jogging. Son tatouage.
- Oh, c'est un de mes tatouages. Une étoile.Le brun descendit lentement son bas, dévoilant entièrement son dessin. Il était placé dans un endroit assez délicat, mais la pièce était sombre, ce qui le gênait moins et arrangea Tom. Ses joues étaient devenues rouges, et il essayait de se concentrer sur autre chose.
- Tu en as d'autre ?, demanda-t-il essayant de reprendre contenance.
Bill lui indiqua son avant-bras que Tom avait déjà vu, et souleva ses cheveux. Sur sa nuque, il y en avait un autre. Dos tourné au blond, il attendait une réaction.
Il sentit deux doigts retracer le contour du signe, et frémit lorsqu'il sentit la peau rêche du guitariste. Il le savait, et cela ne faisait que prouver ce qu'il pensait. Il jouait bien de cet instrument.
Le dreadé laissa glisser sa main sur la nuque de son ami avant de la laisser retomber mollement sur le matelas. Le dos de son ami l'attirait. Stop.
Le brun lâcha ses cheveux et se retourna.
- Tu sais que j'ai un piercing à l'arcade ?, l'autre acquiesça.
Bill lui tira la langue, laissant ainsi apparaître une petite boule argenté. Il la roula entre ses dents, avant de refermer ses lèvres. Il était fier de sa petite démonstration, et ne remarqua pas le léger changement de couleur des yeux de Tom. Ils étaient un peu plus foncés.
Sautant hors du lit, le brun s'avança près de la fenêtre dans le but d'ouvrir les volets. Lorsqu'il se retourna, le blond n'était plus dans la pièce, mais l'on entendait le bruit de la douche.
[...]
- Tu n'y échapperas pas cette fois ! Viens me raconter !À contre c½ur, Tom entra dans la chambre de Kyle. Il était rentré de chez Bill depuis plus de deux heures, mais avait trouvé toutes les excuses possibles pour ne pas pouvoir venir parler au roux. Il ne savait plus trop où il en était, et espérait être tranquille un moment avant de devoir lui raconter. Histoire de mettre un peu d'ordre dans ses pensées.
Il prit place sur la chaise de bureau, passant ses bras autour du dossier. Il posa son menton sur ses bras, attendant une quelconque remarque de la part de son colocataire. Remarque qui ne vint jamais. Pour une fois, alors que c'était justement aujourd'hui qu'il n'aurait préféré rien dire, Tom avait la parole.
- En fait..., il soupira.
Kyle sourit. S'il n'y avait rien d'important, le blond aurait tout de suite dit ce qu'il se passait. À croire que quelque chose le tracassait. Se serait-il entiché du brun ?
- T'aimes bien Bill, c'est ça ?L'autre ne bougea pas. Oui, il l'aimait bien. Comme un ami. Ou peut-être plus.
Au début, il l'avait juste vu, couché sur l'herbe avec Marc. Il n'aurait jamais deviné qu'il était homo, mais la main de son ami sur son dos le lui avait montré. Et puis, le brun était près à lui bondir contre dans le cas où il se permettrait une remarque déplacée. C'est vrai qu'avec son look, il pouvait s'y attendre.
Il avait senti son regard, mais se concentrait sur son dessin. Une certaine anxiété à l'idée de croisé se regard peut-être trop fort. Et c'est seulement lorsqu'ils se levèrent pour partir, qu'il releva la tête, pour le voir s'éloigner.
Et il était revenu. Tous les jours. Il pensait que peut-être ils reviendraient, et qu'il pourrait éventuellement lui parler. Ils avaient effectivement discutés un petit moment, avant que son compagnon ne revienne. Il avait cru apercevoir du regret dans les yeux du brun, mais avait vite oublié cette idée.
Plus les jours passaient, et plus il hésitait. Il le voyait souvent, très souvent, mais ne s'était jamais décidé à lui parler. Il ne voulait pas que Marc pense que c'était pour lui voler Bill, alors que tout ce qu'il cherchait, c'était comprendre.
Comprendre pourquoi est-ce qu'il l'attirait. Qu'avait-il de plus, pourquoi était-il tant énigmatique ?
Et finalement, contre toutes attentes, le petit ami du brun était venu de lui-même. C'était lui qui avait engagé la conversation. Qui lui avait donné une opportunité.
Il ne l'avait pas saisie. Bill ne revenait plus au parc, et il ne savait pas où le trouver. Il l'avait laissé s'échapper. Lui, qui avant n'avait jamais cherché à retenir quelqu'un. Mais il persistait, et revenait sans cesse, espérant que le brun en fasse autant.
Et il l'avait vu. Debout, devant le lac. Puis tout s'était enchaîné. À partir de se moment-là, tout avait changé. En positif. Ou pas.
Des mauvais événements s'étaient produits, comme son frère. Son jumeau plus exactement. D'ailleurs, les recherches n'avançaient pas vraiment. Il ne savait pas si, un jour, il aurait l'espoir de voir la personne qu'il était censé aimer le plus.
Voilà où était le problème. Il se dégoûtait d'aimer quelqu'un autant, alors qu'il aurait du le faire avec son jumeau. Il ne pouvait se permettre de tomber amoureux. Du moins, dans sa logique. Mais apparemment, il ne pouvait pas tout contrôlé, et c'était trop tard.
Bill avait pris possession de ce qu'il avait toujours renfermé. Il avait refusé d'admettre qu'il était capable de sentiments pour un autre. Un autre homme.
Tout s'assemblait dans son esprit et il se rendit à l'évidence ; il aimait Bill. Oh oui, il en était foutrement amoureux.
- Oui.Seul le silence lui répondit, et quand il releva la tête, il s'aperçu que Kyle n'était plus là. Certainement parti depuis un bon moment.
[...]
Noël. La période de fêtes que Kyle détestait le plus. Il neigeait encore plus souvent qu'avant, ses moufles étaient horribles, et aucune fille ne se risquait à mettre des jupes. L'hiver, c'était nul.
Ronchon, il marchait dans les rues entièrement éclairées. Des décorations par-ci, des gamins par-là... Il aurait tout donné pour voir le Père Noël débarquer en tenu de militaire et tout bousiller. Non, il n'était pas de mauvaise humeur, l'esprit de Noël le comblait au plus au point.
- Fais pas cette tête là voyons !Il l'avait oublié lui. Bill. Il devait bien être le seul bien heureux de toute la planète. Qui aimait regarder les flocons recouvrir les toits, écouter les petites chansons que les enfants s'évertuaient à massacrer ? Personne. Ou peut-être tout le monde sauf lui.
Si le roux était dehors à marmonner, c'était pour aider le brun. Ce dernier voulait trouver un cadeau pour Tom, et évidemment il s'y était pris à la dernière minute. Mais vraiment. Ce soir, c'était le Réveillon, et comme ils étaient majeurs, ils n'attendraient pas que quelqu'un daigne descendre par la cheminé.
- Tu disposes de combien ?, grogna-t-il.
Bill rit un peu, et rougi avant de lui dire que cela n'avait aucune importance. Il n'avait pas encore évoqué ce petit détail.
Les vitrines défilaient devant leurs yeux, la neige s'entassait sur la tête de Kyle et aucune chose n'attirait vraiment le brun. Ils s'approchèrent de se qui devait bien être la dernière boutique de la ville et là, Bill se précipita à l'intérieur. Il avait trouvé.
[...]
La porte d'entrée claqua, et quelqu'un couru jusqu'à la salle de bain. Tom devina sans mal qu'il s'agissait de Kyle, vu le temps actuel. Il était sur qu'au fond, le roux aimait bien la neige. Il râlait pour la forme.
Bill enleva ses gants, le tissu glissant sur ses doigts. Son écharpe était mouillée, et son bonnet aussi. Le sac contenant le cadeau pour Tom reposait près de ses chaussures. Il ne fallait pas qu'il le voit.
Il monta discrètement les escaliers, espérant que le blond ne le voit pas. Il rentra dans sa chambre, cachant le présent sous son lit. De toute façon, se soir il serait ouvert.
De retour en bas, il entendit Kyle rouspéter contre la lenteur que mettait la dinde à cuire. Il s'était changé et portait un simple training, prouvant de cette façon là qu'il n'aimait pas Noël. Bill pouffa, persuadé que le roux n'attendait qu'une chose, l'ouverture des cadeaux. C'était un vrai gamin, et il ne voulait pas le montrer.
- Sa sent bon.Tom se retourna et sourit fièrement au brun. Il avait préparé le souper seul, et n'était pas sur de ses talents culinaires, alors une remarque de se genre ne pouvait que lui faire plaisir. Un petit tintement se fit entendre, et Kyle ouvrit le four.
- À table !Ils s'installèrent tous, impatient de goûter au repas. Le roux se servit et passa les plats à ses amis, content d'être au chaud et de n'avoir aucune neige dans la maison.
[...]
Marc avait téléphoné pour souhaiter un Joyeux Noël à tout le monde. Il était en compagnie de Gustav, et avait préféré ne pas les rejoindre. Georg avait envoyé un rapide sms, certainement occupé avec sa femme.
Tom ne connaissait vraiment pas Georg. Il ne l'avait jamais réellement vu, et d'après Bill, s'était son épouse qui lui empêchait tout contact. Il n'approfondit pas le sujet, n'en voyant pas l'intérêt, mais il savait que cela devait affecter le brun.
Ils étaient couchés par terre, observant les lumières que faisait le sapin. Ils attendaient minuit, chacun réfléchissant aux cadeaux qu'ils avaient faits, ou à ceux qu'ils allaient recevoir.
Le souper avait été excellent, et ils étaient pleins. Ils ne savaient que faire en attendant, et donc, restaient immobile. L'aiguille des secondes avançait, celle de minutes aussi, mais celle de l'heure semblait stagner, ne voulant pas s'approcher du 12. C'était une torture, surtout pour Kyle. Il n'était que 22heures, & il ne cessait de soupirer.
Comme chaque année, Tom décida de ne pas attendre. Le roux n'arrêterait pas son manège, il le connaissait bien maintenant, et il n'y avait aucune raison de ne pas ouvrir les cadeaux tout de suite. C'est pourquoi il se leva et tendit sa main à Bill.
Kyle était déjà debout devant le sapin, un sourire goguenard au visage. Le brun pouffa gentiment et se laissa tomber à genoux.
-
Tiens Kyle, c'est pour toi, dit le dreadé tout en agitant un paquet sous ses yeux.
Il déchira rapidement l'emballage, dévoilant trois CDs de son groupe préféré. Lentement, il les observa un à un, avant de se jeter dans les bras de son ami, le remerciant pour son présent. Il les avait cherchés longtemps, et aucun disquaire n'avait été en mesure de les lui fournir.
Bill s'avança timidement à son tour, une boîte entre les mains.
- Tu m'as aussi acheté un cadeau ?Le brun rougit et fit oui de la tête. Ce n'était pas prévu, mais il voulait lui offrir quelque chose en remerciement. Ils étaient amis, et même si c'était nouveau, il avait eu envie.
Le roux prit une légère teinte rose, et s'excusa de ne rien avoir pour lui. Il déballa l'emballage pour découvrir un t-shirt de la marque qu'il affectionnait le plus. Il l'essaya et fut ravi de voir qu'il était à sa taille. Comme pour le blond quelques instants avant, il prit Bill dans ses bras.
- Merci les gars, sincèrement, et sur cette phrase, Kyle monta les escaliers.
Sa silhouette disparaissant dans le couloir, Tom reporta son attention sur le brun. Il était très beau se soir, et ne s'en rendait même pas compte. Il ne cherchait pas à séduire, il était naturel, et même sans maquillage il était magnifique.
Le blond se baissa pour prendre l'unique cadeau restant, le déposant dans les mains de Bill. Ce n'était pas grand-chose, mais il s'était dit que le brun aurait du plaisir à la porter. Un petit pendentif qui collait bien au style de l'androgyne.
Le brun ne dit rien, admirant le petit objet posé dans sa paume. Tom lui avait fait un cadeau. Un très beau cadeau. Se souvenant du sien, Bill prit la main du dreadé afin de l'entraîner dans l'escalier.
Il ouvrit la porte de la chambre, et chercha sous le lit le paquet. Debout, le pendentif dans une main, il tendit la boîte à Tom.
- Merci, souffla-t-il.
Un bracelet scintillait sous le reflet de la lumière. Il releva la tête, plantant ses yeux dans ceux du brun. Il était fou, de lui avoir acheté une chose aussi précieuse. Fou d'être inquiet, ce cadeau ne pouvait que faire plaisir. Fou d'être là, sans même se douter de ce qu'il se passait dans sa tête.
Il s'avança, et entoura Bill de ses bras. Il ne pouvait pas le perdre, jamais. Il s'était rendu à l'évidence concernant son jumeau, il ne le retrouverait certainement pas. Il avait donc prit la décision de se laisser aller, et d'accepter ses sentiments. Mais il n'avait pas encore eu le courage de les avouer au principal concerné.
Aucun des deux ne parlait, rejouant la scène de la gare, quelques temps plus tôt. A la seule différence que personne ne pleurait et qu'ils étaient seuls. Le souffle de Tom était comme la dernière fois, chaud et lui lançait quelques frissons.
Le brun ne put s'empêcher de passer lentement sa main sur le dos de son ami, le caressant tendrement. C'était un de ses meilleurs Noël, et il ne l'oublierait jamais. Le dreadé avait cuisiné pour lui, et lui avait offert quelque chose. Quelque chose qu'il serrait toujours dans sa main.
Bill mit fin à cette étreinte et éteignit la lumière. Il s'approcha de la fenêtre et admira la neige tomber, ces milliers de flocons recouvrant le quartier. Ce beau spectacle ne faisait que lui rappeler ce dont à quoi il pensait tout le temps, lorsqu'il se passait quelque chose de spécial. Tom.
Il s'était rendu compte qu'à chaque fois qu'il aimait quelque chose, il se demandait comment allait le trouver son ami. S'il regardait un film, il se tournait souvent pour voir si le dreadé était à ses côtés.
Il éprouvait de nouveaux sentiments envers le blond. Et il ne savait pas du tout s'ils étaient réciproques. Ce qui le perturbait le plus devait être le fait qu'il ne s'était jamais posé la question pour Marc. Au fond, il n'y avait pas accordé d'importance.
Un menton se posa sur son épaule et il soupira de bien être. Il aimait le contact du dreadé, même si ces derniers temps il était distant. Il se retourna et cala sa tête dans le cou de son ami. C'était plus fort que lui, il devait le sentir.
Son nez frottait sans cesse la peau du blond, lui procurant un doux frôlement. Les doigts de Tom passaient dans ses cheveux, et il le serrait étroitement contre son torse.
Le bracelet était à son poignet, et il luttait pour ne pas se déconcentrer. La situation était déjà ambiguë, et Kyle n'était pas loin. Il pouvait rentrer d'un moment à l'autre & rigoler de la situation.
Prenant conscience de ses dernières pensées, le blond se dit qu'il était idiot. Jamais le roux ne lui ferait ça, lui qui cherchait toujours à l'aider. Et puis, peut-être qu'il pourrait tenter sa chance. Les lumières étaient éteintes, il n'aurait pas à voir le rejet dans les yeux de Bill.
Il se recula de quelques centimètres et contempla le brun. Ses yeux étaient fermés, ses lèvres entrouvertes, il semblait paisible, à sa place. Lentement, il s'approcha de son visage, effleurant de ses lèvres la bouche de Bill.
Pour la première fois depuis longtemps, il se sentait enfin complet. Il remua un peu, priant pour que le brun ne le repousse pas. Sa bouche se referma sur sa lèvre inférieure, et ses mains s'accrochèrent à son t-shirt.
La délicatesse de Tom l'aurait fait pleurer. Il retrouvait enfin se qu'il pensait avoir perdu depuis si longtemps. Et derrière son dos, les flocons tombaient toujours.
[...]
Ils étaient restés sans bouger de longues minutes. Chacun appréciant le baiser, la présence de l'autre et surtout, le monde qui paraissait les entourer, les protégeant de tout et leur procurant un bien être immense.
Puis, quand ils s'étaient séparés, il avait suffit d'un regard pour comprendre. Et Bill était parti, avant minuit, des étoiles plein les yeux. La nuit l'avait accompagnée jusqu'à chez lui où il s'était enfin permis un sourire idiot.
Et se matin, il s'était levé le même sourire idiot sur le visage. Il était assis dans son sofa, jouant avec le pendentif que Tom lui avait offert. Voyant le facteur faire sa ronde, il se dirigea vers sa boîte aux lettres, récupérant son courrier.
Il retourna à l'intérieur grelottant, le vent froid du matin l'ayant surpris. Comme toujours, des factures ou de la publicité composait essentiellement son courrier. Une carte lui souhaitant un Joyeux Noël & une bonne année, et une lettre étrange.
Il l'ouvrit, curieux de savoir ce qu'elle contenait. Il était à mille lieu de se douter ce qu'elle cachait en vérité, et il ne savait pas ce que cela allait engendrer. Alors il déplia la feuille, lu l'adresse de l'expéditeur.
Sous ses yeux, écrits noir sur blanc, pour la première fois de sa vie, l'agence d'adoption le contactait. Peut-être que finalement, il allait retrouver sa famille. Son c½ur se serra lorsqu'il se rendit compte que Tom n'avait toujours pas eu de réponses, et que lui oui, alors qu'il n'avait fait aucune recherche.
Il commença sa lecture, confirmant sa première idée
« Un membre de votre famille souhaite vous rencontrez ». Un sourire illumina son visage suite à cette phrase. Ses doigts se crispèrent sur la lettre, et son impatience grandissait. Qui était donc sa famille ?
Il attendait la réponse depuis si longtemps qu'il n'y croyait pas. Un bon matin, comme ça, une lettre apparaissait et lui révélait la vérité sur une bonne partie de sa vie.
« Nous communiquons l'adresse de cette personne ainsi que son prénom & nom. [...] C'est à vous de décider, nous n'obligeons rien ».
Excité, il laissa ses yeux courir sur le nom de cette personne.
« Monsieur Tom Kaulitz ». La lettre lui échappa des mains, et vola un moment avant de se poser délicatement sur le sol, sans bruit.
Il n'avait même pas fait le rapport. Cette idée n'avait jamais, ô grand jamais traversé son esprit. Il avait un jumeau. Un jumeau, qui voulait reprendre contact avec lui. Un ami à lui, dont il était tombé amoureux. Il aimait son jumeau, il avait même embrassé son jumeau.
Tout se bousculait dans sa tête, il ne comprenait plus rien. Des larmes lui brouillaient la vue, il se pencha espérant avoir mal lu, mais non, même l'adresse correspondait. Au moment où sa vie reprenait un sens, où il commençait à oublier cette famille absente, il fallait que tout vienne gâcher.
Il devrait être heureux d'avoir retrouvé un jumeau. Tom serait content aussi, de plus, ils s'adorent. Et s'aiment. Ce qui n'est pas permit. D'énormes sanglots secouèrent le brun qui se laissa glisser au sol.
Un étau comprimait son c½ur, et il ne se relevait pas. Il ne pourrait affronter cet obstacle, il avait assez donné. Alors il pleurait, laissait ses larmes salir ses joues blanches, comme l'eau qui coulait sur les carreaux de sa cuisine. Il n'y avait même pas fait attention, à la pluie.
[...]
Deux jours. Deux jours que Bill n'avait pas donnés de nouvelles et qu'il ne répondait pas au téléphone. Tom commençait à s'inquiéter, peut-être avait-il mal compris ?
Il n'aurait peut-être jamais du embrasser le brun. C'était sûrement une grave erreur, et il ne voulait plus lui parler. Pourtant, ses yeux se soir là étaient si intense...
Il ferma sa veste, mis son capuchon, et sortit sous la pluie. Il avançait sous le ciel gris, en direction de chez son ami. Il ne pouvait rester dans l'ignorance, peut-être qu'il allait mal. Et au fond de lui, il ne saurait l'expliquer comment, mais il le savait. Le brun n'allait pas bien, vraiment pas bien.
Ses chaussures frappaient les flaques d'eau, mouillant son jeans. Ses mains étaient froides, et le vent passait par son cou. Il avait oublié l'écharpe. Il mordillait sans arrêt sa lèvre, espérant trouver une réponse dans ce geste. Mais rien ne venait.
Arrivé devant la porte, il porta sa main à hauteur de son visage, et frappa trois petits coups brefs. Aucun mouvement ne se fit de l'intérieur, mais pas démonté pour autant, Tom ouvrit la porte. Les lumières étaient éteintes, et l'appartement semblait sans vie. Pourtant, il sentait la présence de Bill.
Une masse était couchée sur le canapé, et il sourit. Il s'approcha, et son sourire diminua. De longues traînées noirs souillaient son visage et tachaient son pull. Il passa sa main sur les joues du brun, espérant chasser ses malheurs.
Mais Bill se réveilla en sursaut, s'éloignant de la main de Tom, et pleurant une fois qu'il l'eut reconnu. Il paniquait et ne savait plus où se mettre, murmurant inlassablement
« Pars, je t'en pris pars ».
Ne sachant que faire, le blond se précipita et le pris dans ses bras. Il s'excita encore plus, remuant sans cesse. Il gémissait, et semblait souffrir énormément. Tom n'abandonna pas et passa sa main sur son dos, encore & encore & encore...
Le souffle de Bill se calma, sa respiration n'était plus saccadée, les pleurs diminuaient. Son frère le rassurait, bien malgré lui. Il voulait l'oublier, sachant très bien qu'être juste un membre de sa famille ne lui suffirait pas. Il lui fallait plus.
Même s'ils n'étaient que jumeau, leur lien serait certainement très fort. Trop fort peut-être aux yeux des autres, et ils ne pourraient s'empêcher de l'aimer. Comme un amant. Et il s'en voudrait trop et souffrirait.
- Qu'est-ce qui se passe Bill ?Tom avait chuchoté comme pour ne pas briser le silence qui c'était installé. Et le brun frissonna à l'entente de son prénom. Il était dans les bras de son frère, et il frissonnait. Il ne pouvait se le permettre. De nouvelles larmes se formaient, mais elles ne couleraient pas. Il devait apprendre à ne pas avoir se genre de réaction.
Il se leva et parti chercher la lettre, toujours abandonnée au sol. Il ne l'avait pas bougé, estimant que ce lieu était assez bien pour elle. Ou parce qu'il ne pouvait juste pas la relire.
Le blond récupéra la feuille, ne comprenant rien au manège de son ami. Il alluma la lumière et regarda Bill. Il s'était assis dans son sofa, le regard dans le vide, les bras pendants. Il avait mal pour lui.
Les lettres, les mots, les phrases se mélangeaient, et il avait du mal à les lire. Ce n'était pas possible. Contrairement au brun, il ne lâcha pas la lettre, relisant encore et encore ses mots qui détruisaient tout. Tout ce qu'ils avaient battit, tout ce qu'ils avaient espérer. Leur baiser.
Il se tourna à nouveau vers son... jumeau. Il s'approcha et l'observa. Il semblait anéanti.
- Est-ce que cela change quelque chose pour toi ?Les yeux de Bill s'agrandirent. Peut-être était-il en train de se moquer de lui ? Peut-être ne s'était-il pas aperçu qu'il l'aimait ? Qu'il ne pourrait jamais accepter ce lien qui les unissait par le sang. Qu'ils pourraient toujours être ensemble, se faire des câlins comme tous frères, mais que lui souffrirait.
Que rien ne pourrait les unir alors qu'ils étaient déjà si proches. Que la douleur qui tiraillerait son c½ur à chaque fois qu'il penserait à la seule et unique fois que ces lèvres auront frôlés les siennes serait si insupportable qu'il tomberait dans une profonde nuit noire où rien ne pourrait l'aider.
Qu'il ne rêverait que d'un monde où ils pourraient s'aimer, se tenir la main et regarde le soleil ensemble, sans se soucier du chemin qu'ils prendraient. Les mots s'épuisaient, le monde réel faisait mal, et il n'en pouvait plus.
Il ne s'en était pas aperçu, mais il venait d'hurler ses paroles au blond. Il les avait criées, comme pour s'en débarrasser, les rendre floues & silencieuses. Pour se réveiller, pour arrêter se cauchemar et glisser ses doigts sur les bras de Tom. Pour se prouver qu'il était là, qu'il ne partirait pas et qu'il ne l'abandonnerait pas. Une fois de plus.
- Calme-toi, chut...Le blond ne lâcha pas Bill. Il s'était effondré au sol, et il était tout de suite venu près de lui. Ce que son jumeau n'avait pas compris, c'était que rien ne changeait pour lui. Il l'aimait. Ni moins, ni plus.
Il passa ses doigts sous le menton du brun et déposa un baiser sur son front. Il tenta de le calmer, et comme la première fois, il réussit. Fusionnels.
Doucement, il frôla la tempe de son ami avec le bout de son nez. Les gestes doux l'aideraient peut-être à comprendre. Il murmura quelques mots réconfortant avant de le serrer un peu plus contre lui.
- Tu te souviens de ton fameux livre ? Révélation. Tu voulais d'une histoire comme celle d'Edward. Un vampire qui aime une fille. Une histoire fantastique, du piquant dans ta vie. Le brun acquiesça, redoutant la suite.
Et bien, tu vois, tu as un frère. Un jumeau. Ce qui en soit est déjà très hors du commun. De plus, tu ne le connaissais pas. Et aussi, Tom se racla la gorge,
tu as embrassé un garçon. Le hasard a voulu que ce soit ton jumeau. Et le plus extraordinaire de toute l'histoire, c'est que ton jumeau t'aime. Oui, je t'aime.Il rougit à la fin de sa phrase, et sentit Bill se détendre. Il ne l'avait peut-être pas entièrement convaincu, mais rien n'était perdu. Il lui fallait peut-être un peu de temps avant de s'en remettre.
La main du brun se glissa dans celle du blond. Il respirait mieux, et Tom était là. Ils surpasseraient cette lettre. Bientôt.
[...]
- Je t'aime.Ses mots résonnèrent dans la pièce. Tom s'arrêta au milieu de l'escalier, et sa main se crispa sur la rambarde. Il se retourna, et admira Bill. Il était en bas, la tête relevée, sûr de lui. Les paroles atteignirent le c½ur du dreadé.
Ils y étaient parvenus. Un sourire éblouissant prit place sur son visage et il dévala les marches. Sa bouche se posa sur celle de son jumeau et ses mains s'accrochèrent à son t-shirt. Les doigts du brun glissaient entre ses dreads.
Il n'y avait rien de violent, juste un goût d'espoir. Et l'excitation de penser que c'était son jumeau, et qu'il l'aimait. Quelques semaines étaient passées après la lettre. Ils n'en parlaient jamais, attendant que Bill soit prêt. Qu'il dépasse sa peur, et qu'il accepte.
Il avait compris que sa vie était un rêve éveillé et non un cauchemar. Aucun vampire n'était venu. Mais Tom oui. Et il valait beaucoup mieux que tous les Edward.
- Dis, de quoi as-tu envie, là, maintenant ?, susurra Tom.
- De ton amour. À partir de ce moment, ils avaient réussi. Ils venaient de faire de ce monde, le leur.
Fin.